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Plus d’un foyer sur trois dispose aujourd’hui d’une tablette [1] et la colonisation numérique ne compte pas s’arrêter ici. Elle part à la conquête d’un nouveau territoire : la salle de classe.

Suivant cet engouement numérique, le gouvernement français a lancé en 2015 le “Plan Numérique pour l’Éducation” dont l’un des objectifs est de fournir 3,2 millions de tablettes aux établissements scolaires français d’ici 2019 [2].

 

Mais à quoi pourront bien servir ces tablettes ?

Accompagnant la nouvelle union du numérique et de l’éducation, un certain nombre de logiciels éducatifs a vu le jour avec pour but de permettre aux enfants d’apprendre en s’amusant.

Dans le domaine de la lecture les logiciels Graphogame et Elan, qui ont été validés par la communauté scientifique, permettent d’entraîner les enfants à l’association graphème – phonème, c’est à dire d’associer les sons à leur forme écrite. Cette étape indispensable à l’apprentissage de la lecture est alors favorisée, et l’impact de cet entraînement est même retrouvé au niveau cérébral. En effet, on observe une augmentation importante de l’activité neuronale au niveau du sillon occipito-temporal gauche (zone impliquée dans la lecture) après seulement 4h d’entraînement [3].

Pour les mathématiques, La Course aux Nombres permet quant à lui d’acquérir les concepts fondamentaux de l’arithmétique de la maternelle à l’école primaire.

 

Quelle plus-value les tablettes peuvent-elles apporter par rapport aux livres et aux méthodes classiques ?

Un premier argument en faveur des applications numériques est l’aspect ludique de leur utilisation. En effet, on observe un gain de 10% de motivation lors de l’utilisation de tablettes numériques [2]. Or, un élève motivé c’est un élève plus actif dans son apprentissage et moins enclin à abandonner en cas de difficulté.

Un deuxième argument est celui de la pédagogie différenciée. On sait aujourd’hui que les enfants se distinguent les uns des autres par certaines caractéristiques de leur cerveau et ont chacun des capacités cognitives particulières [3][4][5]. Les entraînements numériques permettent d’avoir un apprentissage plus individualisé où chacun peut avancer en fonction de ses difficultés. Ceci est souvent compliqué à mettre en œuvre dans une classe où un seul professeur ne peut adapter son programme aux spécificités de chaque élève.

Enfin, l’utilisation de logiciels éducatifs offre un cadre scientifique intéressant car ceux-ci permettent de recueillir plus facilement des données concrètes concernant la progression des élèves et d’adapter ces logiciels et les méthodes éducatives associées en fonction des résultats obtenus.

 

Quels sont les pièges à éviter ?

Le numérique semble ainsi être une avancée pédagogique intéressante pour l’éducation. Il est néanmoins important de garder en tête les différentes conditions nécessaires à la bonne mise en place de l’utilisation du numérique.

Premièrement, il ne faut pas oublier que les logiciels éducatifs sont des objets commerciaux. Le nombre de jeux numériques éducatifs a explosé ces dernières années. Malheureusement, tous les jeux n’ont pas de preuve scientifique de leur efficacité. Seule l’expérimentation permet de s’assurer qu’ils sont vraiment efficaces. Il est donc indispensable de sélectionner méticuleusement les logiciels utilisés en classe.

Par ailleurs, apprendre sur une tablette demande une certaine autonomie des enfants, il faut donc être assez vigilant et ne pas hésiter à accompagner les enfants n’ayant pas encore acquis une telle autonomie d’apprentissage.

Enfin, comme dans toute “révolution éducative”, c’est tout le monde de l’enseignement qui en est chamboulé et il faut donc s’adapter. En effet, les enseignants doivent être formés à l’utilisation du numérique car la bonne utilisation de ces ressources est seul garant de son efficacité.

 

Ludiques, s’adaptant au niveau de chacun, accessibles à l’expérimentation, les jeux numériques semblent apporter un vent de nouveauté dans le système éducatif. Loin du cliché de l’élève passif, l’enfant peut alors devenir maître de son apprentissage et adapter ses exercices en fonction de ses difficultés. Associées à une formation adéquate et à une grande exigence quant aux logiciels utilisés, les tablettes numériques pourraient rapidement devenir un allié indéniable pour les enseignants.

Léa Combette

 

Edition

Marie Lacroix et Pierre Bonnier

Illustration

Jules Zimmermann

Références

[1] http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/CREDOC-Rapport-enquete-diffusion-TIC-France_CGE-ARCEP_nov2015.pdf

[2] http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-numerique-ecole-nouvelle-cognition-37437.php

[3]  Brem, S., Bach, S., Kucian, K., Kujala, J. V., Guttorm, T. K., Martin, E., … & Richardson, U. (2010). Brain sensitivity to print emerges when children learn letter–speech sound correspondences. Proceedings of the National Academy of Sciences, 107(17), 7939-7944.

[4] Borst, G., Cachia, A., Vidal, J., Simon, G., Fischer, C., Pineau, A., … & Houdé, O. (2014). Folding of the anterior cingulate cortex partially explains inhibitory control during childhood: A longitudinal study. Developmental cognitive neuroscience, 9, 126-135.

[5] Cachia, A., Borst, G., Vidal, J., Fischer, C., Pineau, A., Mangin, J. F., & Houdé, O. (2014). The shape of the ACC contributes to cognitive control efficiency in preschoolers. Journal of cognitive neuroscience, 26(1), 96-106.

[6] Borst, G., Cachia, A., Tissier, C., Ahr, E., Simon, G., & Houdé, O. (2016). Early Cerebral Constraints on Reading Skills in School‐Age Children: An MRI Study. Mind, Brain, and Education, 10(1), 47-54.

Qui est l'auteure ?

Léa Combette
Léa est étudiante en sciences cognitives et intéressée par le rôle du corps dans la pensée, notamment dans l’apprentissage des mathématiques. Concernée par la question de l’éducation, elle aimerait contribuer à un rapprochement des sciences cognitives et du monde de l’enseignement.

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