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Dans notre société actuelle, nous sommes bombardés d’informations de toutes sortes. En tant qu’individu, il devient important de s’armer d’une vraie réflexion : sur quoi m’informer parmi l’océan des connaissances à ma disposition ? Comment faire le tri ? Comment empêcher l’information qu’on m’impose de m’envahir ?

Le format de « brève » fait écho à une intuition personnelle sur la transmission d’informations. Si nous sommes immergés dans un flux continuel d’informations, on ne peut rien traiter en profondeur. Si, au contraire, on se donne un moment pour s’arrêter, en isoler une, c’est comme si, quelque part dans notre tête, on plantait une graine qui pourrait ensuite germer, grandir, et venir alimenter d’autres pensées, d’autres concepts.

 

« Nous ne voyons pas le monde avec nos yeux, nous le voyons avec nos concepts » (Albert Jacquard, mathématicien). Et c’est ainsi que je sais qu’une chaise est une chaise. Et que je peux immédiatement reconnaître une nouvelle instanciation du concept de chaise dans mon environnement, aussi bizarroïde soit-elle : qu’elle ait cinq pieds, ou un dossier de la taille d’un demi-dos, qu’importe : mon concept de chaise me permet de m’asseoir dessus.

Et ces concepts, avec quoi les voyons-nous ? Deux psychologues (*) ont avancé une théorie métaphorique de la pensée. L’idée est que nous traitons TOUS nos concepts, du plus haut au plus bas niveau, en les appréhendant par le biais de métaphores. Ces métaphores nous donnent un éclairage particulier sur le concept.

 

Pour vous en convaincre, repensez au début du texte, où, pour parler de l’information, j’ai employé les termes « bombardés », « s’armer », et « envahir ». Cette métaphore de la guerre ne joue pas ici un rôle anodin ; elle permet d’apporter une connotation négative, néfaste, au concept d’information. Que l’information puisse être néfaste n’est pas communément admis : certains acquiesceront peut-être, d’autres fronceront les sourcils, mais pour tous la métaphore aura exprimé cette idée sans ambiguïté. Plus encore, par « bombardés » et « envahir », on exprime la quantité, et le fait que l’information nous est souvent imposée, parfois violemment ou insidieusement. Par « s’armer », on entend qu’il faut se constituer des outils de réflexion qui permettent de faire face à ce phénomène. Le recours à la métaphore a permis d’exprimer efficacement toute une gamme d’idées et de nuances.

Une manière de se débarrasser de la surcharge cognitive que représente le surplus d’informations peut être de nous forcer à porter toute notre attention sur une information précise, le temps pour notre réflexion d’en faire le tour ; d’en extraire des idées, des généralités, des liens… L’idée est une graine. Pour qu’elle puisse germer, il lui faut les ressources (cognitives), puis la place et le temps de pousser. La place : ne pas l’écraser par un flux continu d’autres informations. Le temps : le temps d’y penser. De cela résulte le paysage de vos pensées, que je m’imagine volontiers luxuriant.

 

Finalement, je ne vous ai transmis ici aucune information. Simplement, par la métaphore guerrière ou végétale, je vous ai montré deux manières d’éclairer le concept d’information lui-même. Par la même occasion, vous avez ainsi découvert le magasin d’éclairages à concepts, où je vous conseille vivement de faire un tour de temps à autre.

Guillaume de Longuemar

Références

(*) Hofstadter, D., & Sander, E. (2013). Surfaces and Essences. Basic Books.

  • Métaphore de la lumière, pour exprimer une prise de perspective qui donne du sens
  • Métaphore végétale
  • Métaphore guerrière

Edition

Alexandre Devaux, Judith Lenglet, Apolline Dumont

Illustration

Jules Zimmermann

Qui est l'auteure ?

Guillaume De longuemar
Guillaume de Longuemar fait un doctorat en sciences cognitives sur la flexibilité dans le raisonnement. Il cherche notamment à comprendre notre capacité à abandonner une stratégie trop couteuse au profit d’une nouvelle. En étudiant, dans le cadre de sa thèse, la façon dont les enfants résolvent des problèmes de mathématiques, il espère trouver des clés qui permettront d’améliorer notre façon d’enseigner.

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