Marie Lacroix #3 : Que penser des aides au sommeil ?

Il y a un mois, suite à ma vidéo vous avez été nombreux à me poser vos questions ! Cette semaine j’y répond dans une série de trois articles.

Hier, je vous ai donné quelques conseils pratiques pour mieux dormir. Aujourd’hui j’aimerais vous parler des aides au sommeil ! Voici quelques unes de vos questions sur le sujet…
“Que penses-tu des produits qui disent améliorer le sommeil ? Sont-ils vraiment efficaces ?“
“Observe-t-on différents effets entre un sommeil « naturel » et un sommeil « artificiel » (provoqué par des somnifères, des anesthésies, de l’hypnose) ?“

Voici donc sans plus tarder quelques éléments de réponses !

 

Quelle est l’efficacité des produits aux plantes et de la mélatonine ?

 

Déjà, il faut savoir que beaucoup de produits sont accessibles sur le marché sans avoir prouvé leur efficacité cliniquement.

C’est le cas par exemple des produits aux plantes que l’on peut trouver en pharmacie ou dans divers magasins. Sans être alarmistes sur les dangers potentiels d’ingérer des produits pas toujours homologués, il faut reconnaître que leur efficacité est très relative, et sûrement due en grande partie à un effet placebo.dessin_sommeil_4

Attention ! on utilise souvent l’effet placebo d’une manière péjorative, mais il faut absolument le voir comme un effet puissant et incontestable ! Acheter un produit à base de plantes, peut être un premier pas vers une prise en main de son problème de sommeil : on a l’impression d’être actif à ce sujet et cela peut diminuer l’anxiété autour du fait de ne pas dormir et favoriser ainsi le sommeil. On se sent prêt à changer ses habitudes, ce qui est très positif. Si autour de vous certaines personnes estiment que ça leur fait du bien, laissez-les faire ! Du moment que ça ne leur fait pas mal à l’estomac, ou au portefeuille…

 

Un autre exemple de produit accessible sur le marché, c’est la mélatonine. Même si cette molécule est homologuée et sans danger lorsqu’elle est prise aux doses recommandées, elle n’a pas réussi à prouver son efficacité contre placebo dans l’amélioration du temps de sommeil, du temps d’endormissement et de la qualité subjective du sommeil. Elle est en revanche relativement efficace pour permettre de « retrouver le rythme » dans les situations de décalage horaire ou d’un décalage du rythme circadien de quelques heures par rapport à la normale. Mais même dans ces situations, la mélatonine n’arrive pas à la cheville de la lumière qui est bien plus efficace pour nous remettre les pendules à l’heure ! Donc encore une fois il faut relativiser l’efficacité de ces produits.

 

Quand faut-il avoir recours aux somnifères (les vrais médocs) ?

 

En ce qui concerne les somnifères, disons qu’ils ne devraient être prescrits que ponctuellement, lorsque le médecin se retrouve face à une personne désespérée de ne pas dormir pour une raison particulière et surtout temporaire. Dès que l’insomnie s’installe au long terme, ces médicaments ne sont plus souhaitables : ils diminuent les symptômes et les nombreuses complications associées mais ils ne suppriment pas la source du problème !

La source peut être un trouble du sommeil non diagnostiqué comme l’apnée du sommeil ou le décalage de phase cité plus haut. Il peut également s’agir de mauvaises habitudes de sommeil (siestes longues dans la journée ou le soir), ou encore une sensibilité aux facteurs éveillant (prise de stimulant/café/soda trop tardivement, exposition à une lumière trop forte le soir via les écrans notamment) : analyser ses habitudes peut permettre de résoudre une grande partie des insomnies régulières.dessin_sommeil_5

En revanche, pour une petite partie des personnes souffrant d’insomnie, la cause restera inconnue malgré un diagnostic poussé dans des centres médicaux du sommeil ; dans ce cas une prise de somnifère au long cours peut s’avérer être une solution.

Mais aujourd’hui, des solutions plus efficaces comme les thérapies cognitives et comportementales font de plus en plus parler d’elles car elles montrent une efficacité supérieure aux somnifères et surtout sont efficaces à long terme ! Il s’agit de thérapies brèves et validées scientifiquement, qui agissent sur certains facteurs cognitifs mais aussi directement sur les comportements inadaptés qui contribuent à perturber un sommeil normal. En favorisant des réactions adéquates, ces thérapies permettent de résoudre la source du problème de sommeil.

Malheureusement, elles sont encore peu répandues et nécessitent un suivi important du patient (contrairement à la prescription de somnifère qui peut se faire en 5min), et de la disponibilité dans les centres spécialisés, qui parfois peuvent afficher jusqu’à 6 mois d’attente pour un premier rendez-vous !

 

Si vous avez des troubles du sommeil, et que ceux-ci perdurent, n’hésitez pas à en parler à votre médecin, il pourrait être de très bon conseil. Si celui-ci s’empresse de vous prescrire des somnifères sans d’abord discuter de vos habitudes de sommeil, vous pouvez avoir un second avis médical plus spécialisé auprès d’un centre médical du sommeil qui vous fera d’abord remplir un questionnaire pour évaluer votre trouble.

 

Marie Lacroix

Edition

Alexandre Devaux et Judith Lenglet

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