Manifeste

Depuis près de 60 ans, des psychologues cognitivistes, philosophes, anthropologues, neuroscientifiques, linguistes, informaticiens œuvrent ensemble à renouveler et approfondir notre compréhension du fonctionnement humain.

En produisant de nouvelles connaissances, la communauté des sciences cognitives nous aide ainsi à penser dans de nombreux domaines de la société : l’éducation, les nouvelles technologies, la morale, la santé mentale, l’écologie ou encore, la religion. Dans ces domaines, elles enrichissent les débats, créent de nouvelles controverses, proposent des clés de lecture qui interrogent l’action et la décision.

En ce sens, ces sciences du fonctionnement humain sont de véritables repères pour notre société. Elles sont une boussole. Et en tant que telles, elles devraient être un commun : une boussole qui bénéficie à tous les acteurs et citoyens.ses de la société.

Pourtant, il nous semble qu’aujourd’hui, la recherche sur le fonctionnement humain ne peut pas remplir sa mission de commun car les rapports de la communauté des sciences cognitives avec la société ne le permettent pas.

Nous identifions des enjeux problématiques à différents niveaux :

  • Dans le système académique actuel la relation entre la communauté scientifique et la société est entravée. Les connaissances sont enfermées par les éditeurs privés derrière des « murs payants » qui, s’ils chutent progressivement, restent encore économiquement et culturellement dominants. Dans ce même système, la compétition croissante entre les acteurs académiques ne leur permet, ni ne les incite à se lier avec la société.
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  • Ces dix dernières années, nombreux sont les acteurs qui ont compris la richesse de ces travaux scientifiques, et tentent de s’en emparer dans l’optique tantôt de les « valoriser » ou de les « appliquer ». Parmi eux, rares sont les acteurs qui mènent des démarches véritablement vertueuses pour notre société et rigoureuses sur le plan épistémologique. Souvent instrumentalisée, déformée, dogmatisée, la recherche sur le fonctionnement humain atterrie aux mains d’acteurs qui détournent ses rapports à la société.
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Pour faire de la recherche sur le fonctionnement humain un commun, nous pensons qu’il est nécessaire de donner les moyens à la communauté scientifique de construire ses propres rapports avec la société. Des rapports coopératifs qui soient mutuellement bénéfiques : des rapports qu’on pourrait caractériser de symbiotiques.

En biologie, la symbiose désigne un rapport d’interdépendance entre deux organismes hétérospécifiques, deux symbiotes, qui se développent et survivent de leurs interactions mutuelles. Dans la symbiose mutualiste, la réciprocité est la clé d’une association fructueuse et durable.

Il nous semble primordial d’introduire ce principe mutualiste au coeur des interactions entre la communauté scientifique et la société : c’est dans une logique de coopération fondée sur leurs interdépendances et leurs intérêts communs que ces deux symbiotes pourront établir des rapports mutuellement bénéfiques et pérennes.

Nous pensons que c’est à travers de tels rapports que la recherche sur le fonctionnement humain pourra remplir sa mission de commun.