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La semaine dernière, une étudiante en sciences de l’éducation me confiait son regret de ne quasiment rien connaître des grandes fonctions mentales. Cette confidence a directement fait écho à une forte conviction personnelle : celle que le monde de la recherche et celui de l’enseignement auraient beaucoup à gagner en s’alliant.

Mais a-t-on réellement besoin de savoir comment le cerveau fonctionne pour être bon professeur ?

Un premier argument en faveur de cette idée est que l’on enseigne à des apprenants. Cette phrase peut sembler triviale, néanmoins elle souligne un aspect important de l’enseignement : les enseignants n’interagissent pas avec des êtres passifs, inertes, mais avec des élèves qui ont un système cognitif complexe. Pour enseigner, il faut donc comprendre comment les élèves apprennent, quelles sont les contraintes de la mémoire, quels sont les biais cognitifs qui peuvent rendre plus difficile la compréhension, etc. Toutes ces connaissances vont permettre à l’enseignant de s’adapter aux contraintes cognitives de ses élèves et de mettre en place des méthodes d’enseignement accompagnant le développement cognitif de l’enfant.

L’apprentissage repose également sur le traitement de données spécifiques.

Bien enseigner implique de comprendre comment ces informations sont traitées. Pour les mathématiques, par exemple, comment bien apprendre à un enfant à compter sans savoir comment il se représente le concept de nombre et quelles connaissances et heuristiques [1] vont venir guider sa compréhension des opérations arithmétiques ? Le même raisonnement peut être tenu pour le français : quelles règles syntaxiques l’enfant a-t-il déjà inféré de son environnement ? Quels réseaux neuronaux sont impliqués dans l’apprentissage de la lecture ? Ces savoirs permettent à la fois d’utiliser les connaissances préalables des élèves comme une base solide pour les nouveaux apprentissages mais également de comprendre les difficultés qui peuvent être rencontrées.

Par exemple savoir comment se met en place la lecture au niveau cérébral permet de voir la dyslexie sous un angle nouveau. La théorie du recyclage neuronal [2] explique que les difficultés de traitement des lettres en miroir (“d”, “b”, “p”, “q”) seraient liées au fait que la zone impliquée dans la lecture soit la même que celle qui est utilisée dans la reconnaissance des objets et des animaux. Alors qu’il est important de comprendre qu’un objet reste le même même sous différents profils, ce traitement de l’information est faux pour les lettres. L’utilisation de la même zone du cerveau pour les objets, les animaux et les lettres pourrait expliquer cette extension erronée des règles de traitement de l’information.

Comprendre les fondements des difficultés des élèves permettrait de mieux les aider à surmonter leurs difficultés et de lutter contre les préjugés.

Enfin, rapprocher scientifiques et instituteurs, c’est apporter un outil de mesure concret de l’efficacité des méthodes d’enseignement. Car savoir que presque tous les enfants finissent par savoir lire quelle que soit la méthode utilisée ne veut pas dire que toutes les méthodes se valent. La manière la plus efficace de tester les différentes méthodes reste l’expérimentation. Utiliser des méthodes plus adaptées, c’est permettre à l’enfant d’allouer des ressources cognitives au développement de sa créativité ou de ses relations sociales. C’est également lutter contre les échecs scolaires et la démotivation des élèves en difficulté.

Alors que les conclusions du programme PISA [3] dressent un tableau bien peu réjouissant des résultats scolaires des petits français, des solutions concrètes existent pour améliorer les programmes d’enseignement. Enrichir l’expérience des instituteurs des découvertes en sciences cognitives semble une piste intéressante pour construire une éducation adaptée aux élèves.
Il est donc grand temps de casser les barrières entre laboratoire et classe de cours pour construire, main dans la main, des programmes éducatifs innovants, adaptés aux contraintes cognitives des élèves.

Léa Combette.

 

Références

[1] “Une heuristique est une stratégie très rapide, très efficace […] qui marche très bien, très souvent, mais pas toujours ! “ Olivier Houdé, Les 100 mots de la psychologie: “Que sais je”.

[2] Stanislas Dehaene, Les neurones de la lecture.

[3] Programme international pour le suivi des acquis des élèves.

 

Edition

Alexandre Devaux, Judith Lenglet, Apolline Dumont

Illustration

Jules Zimmermann

Qui est l'auteure ?

Léa Combette
Léa est diplômée en sciences cognitives et intéressée par le rôle du corps dans la pensée, notamment dans l’apprentissage des mathématiques. Concernée par la question de l’éducation, elle aimerait contribuer à un rapprochement des sciences cognitives et du monde de l’enseignement.

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